Mois de la sensibilisation à la cybersécurité 2026 : renforcer la résilience de l’industrie électrique connectée au Canada
Octobre est le Mois de la sensibilisation à la cybersécurité. Le thème retenu par le gouvernement du Canada pour 2026, « La meilleure défense, c’est vous », souligne le rôle que chacun·e de nous joue dans la protection de notre environnement numérique. Ce rappel est pertinent, mais il met aussi en lumière un autre enjeu pour les entreprises : la cybersécurité doit faire partie intégrante de la résilience opérationnelle et ne pas être considérée comme une simple responsabilité du service des TI.
Dans l’industrie canadienne de l’électricité et de l’automatisation, les technologies numériques sont au cœur des interactions entre les fabricants, les distributeurs, les représentant·e·s de fabricants, les client·e·s et les fournisseurs de services. Ces liens ouvrent la voie à de nombreuses possibilités. Toutefois, un incident dans une seule organisation peut avoir des répercussions en chaîne sur la production, le traitement des commandes, les livraisons, les systèmes de bâtiment ou le service à la clientèle.
Pour Mme Kalnoochenko, directrice des technologies de l’information de l’ÉFC, la cybersécurité repose sur plusieurs piliers : les technologies, le personnel, la direction et la préparation. Sa participation récente à la Mastercard Emerging Leaders Cyber Initiative a renforcé un principe fondamental : les organisations doivent aller au-delà de la prévention des cyberattaques et cerner les activités susceptibles d’être touchées, déterminer la rapidité selon laquelle les décisions devront être prises et prévoir comment assurer la continuité des services à leurs client·e·s et à leurs partenaires.
L’évolution des cybermenaces et l’importance de maintenir de bonnes pratiques de base
L’intelligence artificielle rend certaines menaces connues bien plus crédibles. Un courriel frauduleux peut reproduire le style d’écriture d’un fournisseur, un message vocal peut donner l’impression qu’un·e collègue de confiance en est l’auteur·rice et une demande de modification des renseignements bancaires peut passer pour une procédure habituelle. Il devient donc particulièrement important de procéder à une vérification indépendante de ces demandes. Lorsqu’un message demande de modifier des renseignements bancaires, de transmettre des renseignements confidentiels ou d’accorder un accès urgent, vérifiez la demande en utilisant un autre moyen de communication déjà connu, plutôt qu’en utilisant le numéro de téléphone ou le lien fourni dans le message.
Les attaques par rançongiciel et le vol de données demeurent des risques importants. Dans son rapport Vue d’ensemble des menaces par rançongiciel de 2025 à 2027, le Centre canadien pour la cybersécurité précise que les attaques par rançongiciel ne se limitent pas au chiffrement de données : elles peuvent également s’accompagner de vol de données et d’extorsion. Pour une entreprise de l’industrie électrique, une telle attaque peut perturber le traitement des commandes, rendre la documentation technique inaccessible, compromettre la confidentialité des renseignements sur la clientèle ou sur les prix, ou entraîner une reprise des activités particulièrement longue.[Text Wrapping Break]L’important n’est pas de réagir à chaque nouvelle menace médiatisée, mais plutôt de cerner celles qui présentent un risque réel pour l’entreprise, de maintenir une bonne visibilité sur ses systèmes et ses fournisseurs essentiels, et de privilégier les mesures de protection permettant d’atténuer les risques les plus importants.
Quand les risques informatiques menacent les activités de l’entreprise
Les installations connectées, les systèmes de contrôle industriels, les édifices informatisés et les équipements automatisés ajoutent une nouvelle dimension aux risques en matière de cybersécurité. Le Centre canadien pour la cybersécurité (Centre pour la cybersécurité) souligne l’importance de protéger la technologie opérationnelle (TO), qui regroupe les systèmes utilisés pour surveiller et contrôler les processus physiques. Contrairement aux incidents liés aux TI classiques, les cyberattaques visant la TO peuvent avoir des conséquences qui vont au-delà de la perte de données ou l’arrêt des systèmes. Elles peuvent perturber la production, compromettre la sécurité du personnel et des équipements, et interrompre des services essentiels.
Avec la connectivité croissante de l’industrie électrique du Canada, les organisations doivent recenser les systèmes opérationnels connectés, déterminer qui peut y accéder à distance, comprendre les liens qui existent entre les TI et la TO, et prévoir les mesures nécessaires pour arrêter les systèmes ou rétablir leur fonctionnement en toute sécurité.
Prenons l’exemple d’un distributeur qui n’a plus accès à son système de commande ou d’un fabricant qui perd temporairement l’accès à une application essentielle à la planification de ses activités. La situation soulève rapidement des enjeux opérationnels qui exigent de déterminer les client·e·s à contacter, d’évaluer la possibilité de traiter manuellement les commandes essentielles, de désigner la personne chargée d’autoriser la reprise normale des activités et de vérifier l’intégrité et la fiabilité des systèmes et des données rétablis.
Ces enjeux démontrent que la continuité des activités et la gestion des incidents nécessitent la collaboration des dirigeant·e·s opérationnel·le·s, des équipes des finances et des communications, ainsi que des fournisseurs de services externes, et non uniquement les spécialistes techniques.
Cinq priorités concrètes pour les membres de l’ÉFC
- Protéger les identités et les paiements. Utiliser l’authentification multifacteur, des mots de passe forts et uniques, ainsi qu’un gestionnaire de mots de passe. Vérifier toute demande inattendue de paiement, de modification de compte ou d’accès en utilisant un moyen de communication déjà établi.
- Cerner les éléments essentiels. Déterminer les systèmes, les renseignements et les processus essentiels, y compris les équipements connectés, et préciser qui en est responsable.
- Examiner les liens de dépendance avec les tiers. Recenser les fournisseurs et les fournisseurs de services qui ont accès à l’environnement de l’organisation, connaître les mesures de protection qu’ils appliquent et savoir qui joindre en cas d’interruption de leurs services.
- Préparer et tester la reprise des activités. Prévoir des sauvegardes adaptées et vérifier régulièrement leur bon fonctionnement. Établir un plan d’intervention en cas d’incident et de reprise des activités facile à appliquer et le mettre à l’épreuve en simulant une situation réaliste avec les personnes chargées de prendre les décisions.
- Faciliter le signalement. Encourager le personnel à signaler rapidement toute activité suspecte, sans crainte de reproches. Plus les incidents sont signalés tôt, plus les équipes disposent de temps pour maîtriser le problème.
Renforcer l’industrie grâce au partage des connaissances
Les membres de l’ÉFC n’ont pas tou·te·s une équipe dédiée à la cybersécurité, mais la capacité de se protéger efficacement ne devrait pas dépendre de la taille de l’organisation. La première étape consiste à cibler les processus opérationnels les plus critiques, à désigner les personnes responsables et à adopter quelques pratiques fiables qui pourront être maintenues à long terme.
Les cyberrisques ne se limitent pas à une seule organisation. Les fabricants, les distributeurs, les représentant·e·s et les fournisseurs de services sont interreliés par des processus d’affaires et des connexions numériques. La collaboration constitue ainsi un moyen concret de renforcer la résilience. Le réseau des TI de l’ÉFC offre aux membres professionnel·le·s des occasions d’échanger sur leurs expériences, de discuter des technologies émergentes et d’apprendre les un·e·s des autres. En échangeant sur leurs apprentissages et en formulant des questions pertinentes, les membres peuvent améliorer leur préparation et contribuer à renforcer la résilience de l’ensemble de l’industrie.
Le Mois de la sensibilisation à la cybersécurité est une occasion de faire le point sur la gestion des mots de passe, la détection des tentatives d’hameçonnage et les pratiques de sécurité en ligne. C’est aussi l’occasion pour les équipes de direction de se poser une question plus stratégique : « Advenant l’indisponibilité d’un système essentiel ou d’un·e partenaire clé dès demain, saurions-nous comment intervenir et assurer la continuité de nos activités? » La meilleure défense repose sur la vigilance au quotidien, une préparation adéquate, des décisions judicieuses et la volonté d’apprendre ensemble.